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Marcher avec Sisyphe

Marcher avec Sisyphe

Publié par Gabriel Epixem

Certes dans le mythe de Sisyphe il y a quelque-chose de tragique, mais en approfondissant un peu il y a aussi quelque-chose de magnifique.

Pour en savoir un peu plus sur le mythe de Sisyphe: Sisyphe

« Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile, ni fertile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

Albert Camus

Voyez, voyez, Sisyphe qui pousse sa pierre.
Voyez, voyez, il n’y a point ici d’aigreur.

Il nous faut la retenir. Surtout, le soutenir. La pousser encore. Ainsi, elle rassemble. Oui, faire corps. Gravir plus loin vers son sort. Agir un jour ensemble. Lui donner même un sens. Lui offrir une cohérence. Oui, enfin le comprendre. Mieux, l’entendre. L’accompagner. Et ensuite recommencer. Puis repartir. Toujours resurgir. Oui, ne pas faillir. Oui, ne plus faiblir. Surtout, s’entraider. Aussi l’encourager. Ne pas être seul. Ne plus le laisser seul. Et enfin, briller.

Oyez, oyez, visiteurs, sculptez dès à présent la votre.
Oyez, oyez, voyageurs, prenez exemple sur la notre.

Oui, maintenant l’accepter. Maintenant pousser ainsi notre pierre. Maintenant continuer surtout en concert. Maintenant même en être fier. Marcher ensuite indéfiniment. Marcher aussi fraternellement. Marcher pourtant paisiblement.
Gravir cette montagne sur les traces de Sisyphe, en pleine conscience, en toute lucidité, vers cet éternel retour. Oui, au pied de cette même tour.
Ne pas attendre de réponse ? Peut-être. Mais continuer à chercher. Oui, continuer à espérer. Ne jamais abandonner. Oui, toujours persévérer. Se concentrer surtout sur le présent. Oublier même le temps, l’espace d’un instant. S’inscrire dans cette réalité. Et puis, surtout, se retourner, parfois. Apercevoir, oui regarder comme autrefois. Voir les autres pousser aussi leur propre pierre. Les distinguer enfin. Avancer ensemble vers ce dessein. Partager notre effort. Partager un accord. Vivre intensément chaque pas vers ce sommet. Aller toujours plus loin vers ces autres forêts. Se coordonner. S’encourager. Se dépasser enfin. Profiter de chaque instant de notre destin. Trouver maintenant la bonne cadence. Grimper ensemble vers notre essence. Marcher avec Sisyphe. Saisir aussi notre abscisse. Découvrir notre chemin.
Et ainsi, peut-être, vraiment vivre jusqu’à la fin. Oui et un jour, peut-être, finir par s’unir enfin.

Soupesez, soupesez, elle semble si géante.
Regardez, regardez, elle semble si pesante.

Le temps de faire une petite halte. Des questions surviennent. Alors, oublions un instant cet asphalte. Qu’elles s’empreignent.
Que pourrait symboliser cette pierre ? Pourrait-elle simplement évoquer ses propres pièges ?
Existerait-il un moyen pour la rendre moins pesante ? Voire même une solution pour qu’elle soit moins imposante ?
Faut-il vraiment la pousser ainsi éternellement ? Est-ce véritablement ce qui lui est imposé ?
L’obstacle est-il forcément cette montagne ? L’obstacle est-il simplement cette autre pierre ?
Combien d’essais encore ? Combien d’années encore ? Et pourquoi tant d’effort ?
Combien faut-il de détours ? Combien faut-il de retours ? Et pourquoi tant de séjours ?
Quoi qu’il en soit, l’espoir demeure toujours, l’éternité lui donne tout le temps nécessaire.
Oui, il est possible que ce soit surtout son propre sommet qu’il lui faudrait atteindre.
Oui, envisageons cette intéressante hypothèse. Et oui, soyons même, maintenant, à l’aise.

Approfondissons, approfondissons, qu’elle devienne ainsi plus légère.
Approfondissons, approfondissons, qu’elle ne soit plus notre barrière.

Il lui faudrait donc, peut-être, la dégrossir. La tailler encore et encore. Et même plus encore. Il lui faudrait surtout réussir. Il y trouverait peut-être un trésor. Voire même quelque-chose de presque pure. Comme une nouvelle envergure. Sans aucune fioriture. Sans même une seule fissure. Oui, et peut-être ainsi y découvrir une certaine droiture. Et peut-être surtout y discerner sa vraie nature.
C’est peut-être simplement le moyen de façonner notre propre sculpture. Oui, un jour, nous percerons, peut-être, enfin, tous nos murs.

Auteur: Gabriel Epixem - Fin du texte

7 commentaires sur “Marcher avec Sisyphe”

  1. Commentaire

    La finalité de cette quête est peut-être l’union ultime avec la matière, nous finissons comme tous les éléments en poussière pour reconstituer la matière dans l’univers etc…..

  2. Commentaire

    Très beau texte qui explique bien la destinée de l’Homme : celle de toujours avancer, de chercher, de tenter d’atteindre. Le faire avec les autres et/ou en même temps que les autres, réaliser tout au moins qu’ils sont là, avec cette même quête personnelle, permet de rendre le «voyage » plus plaisant.

  3. Commentaire

    Beau texte profond : « Pousser sa pierre » c’est le destin de Sisyphe et notre destin à nous, c’est construire notre vie, en faisant des choix. Il me semble que tu nous donnes des éléments pour nous aider: j’ai repéré 5 thèmes principaux : agir ensemble ou s’entraider, ne pas renoncer, se dépasser, vivre intensément le moment présent, et finalement notre quête est de découvrir chacun notre chemin.

  4. Commentaire

    Le chemin de la vie et la route que nous empreintons n’ai pas linéaire. Chaque jour est une nouvelle surprise bonne ou mauvaise mais la finalité reste la même : avancer ensemble vers un avenir inconnu mais que l’on essaie de façonner afin qu’il se rapproche au mieux de notre idéal. L’espoir est en effet nécessaire pour avancer. ;)

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