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Au delà des mots

À demi-mot

Publié par Gabriel Epixem

Forêt
Au milieu d’une auguste forêt, trônait un hêtre si majestueux que les légendes locales dévoilaient, parfois, à demi-mot son existence.
Loin de nos sentiers et abrité par les chênes, sans commune mesure, il étendait des bras immenses.
Il s’imposait comme un roi d’une ancienne futaie. Mais pas d’un simple bosquet, non il s’agissait même d’une des plus imposante de notre terroir. Moi, un jour, j’avais eu la chance de l’apercevoir.

Je me souviens encore de ce châtelain qui me contait l’histoire de ce lieu atypique. Qui me narrait les chroniques de ce vieux territoire celtique. Qui me confiait aussi les légendes de cette sylve mythique.
Oui, je me souviens. Un soir d’été, près d’une cheminée, aux côtés d’une table ronde, assis confortablement, j’écoutais des récits passionnants. J’étais attentif. La lune, elle, était croissante.
Je me souviens aussi de l’âtre qui s’animait vivement. Il crépitait doucement. Il éclairait fièrement le salon de ce vieux manoir. Les flammes dansaient élégamment. Elles virevoltaient joyeusement. Elles se courbaient sereinement. Le feu nous accompagnait. Il veillait. Il s’imposait lui-aussi à notre soirée. À certains moments, il osait même réveiller, brièvement, le portrait d’une ancienne châtelaine. Cette femme mystérieuse qui avait imprégné l’histoire de ce lieu. Elle semblait presque nous sourire. Oui, cette fois-là, une autre page s’ajoutait encore au livre de mes souvenirs.
Le temps défilait paisiblement. Le temps s’arrêtait parfois même par moments. Puis cet homme finit, enfin, par me parler de ce vieux hêtre non répertorié. Cet arbre encore protégé et toujours dissimulé, non loin de là, dans une forêt magnifique. Comme si il fallait encore le préserver. Comme si il fallait presque l’oublier. Comment un seul arbre pouvait-il devenir ainsi légende ?
Et avant même que je lui demande, comme une fable qui devenait réalité, ce soir-là, à demi-mot, il me chuchota le chemin. Le Graal n’était peut-être pas si lointain. Était-ce un moyen de le trouver ? Était-ce un moyen de le chercher ? C’était surtout une bonne raison de se promener.

Le soleil s’éveillait. Une légère brise se levait. La terre séchait. Moi, tourné vers un petit cours d’eau qui vagabondait, je me préparais. Bâton en main, en marche! Oui, en selle… Je suivais maintenant les indications de la veille. Je me les remémorais au milieu des abeilles. Suivre les cairns jusqu’au bout de l’étang puis tourner à droite et prendre le petit sentier dans le bois des fées.
Ensuite, continuer, continuer encore, puis traverser le ruisseau perdu.

La promenade était réellement séduisante. Elle était même presque inspirante. Elle était surtout profondément apaisante. Je croisais des plantes aromatiques. Je m’étonnais de voir cette multitude de feuillus dispersés sans désordre et sans aucune fausse note. Je me perdais dans ce labyrinthe de sapins. Même le soleil confortait ses entrains. Même les hirondelles y voletaient sans fin. Même le vent chantait son refrain. Je me rapprochais d’une de ses sentinelles d’un pas serein.
Je respectais attentivement les consignes. Continuer, continuer encore, puis ensuite prendre à gauche en direction de la source chaude de Merlin.

Un ancien conte prétendrait qu’il serait si simple de s’y perdre que ce vieux hêtre devait lui-même nous faire un signe. Comme si l’on devait en être digne. Moi, ce jour-là, comme Hansel, je suivais chaque pigne. Je me baladais vers l’essentiel. Et oui, je suivais bien la ligne.

Je me promenais au milieu de tous ces chênes pour saluer cet antique être sylvain. Un moment paisible proche de la nature, loin de notre quotidien. Un instant proche de notre nature, loin de rien. Un dépaysement hors du temps, un lien dont on se souvient. Et parfois, même souvent, enfin.
Et je continuais, je continuais encore. Porté par ce folklore, je flânais maintenant au milieu des sycomores. Non loin de là, dans un recoin isolé, je l’aperçus au milieu de toute cette flore. Aussi magnifique qu’imposant, oui je l’avais trouvé, enfin.

Continuons, continuons encore. Il ne s’agit pas seulement de trouver, il s’agit surtout de chercher.

Auteur: Gabriel Epixem - Fin du texte

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