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Derrière ce mur

Derrière ce mur

Publié par Gabriel Epixem

Je me souviens. Il y a longtemps. Je demandais à mon grand-père:
« Pourquoi l’univers est infini ? »
Il me répondit:
« Bien… Si l’univers est fini. Il y a comme un mur…
Mais si il y a un mur. Il y a quoi derrière ce mur ? »

Plus on apprend et plus on prend conscience de notre ignorance. Plus on avance et plus des détails qui nous étaient jusqu’alors inconnus, nous apparaissent. Il y en a toujours. Parfois ils ne sont que des petites imperfections quasiment imperceptibles. Parfois comme des petites exceptions qui rendent un peu tout moins lisible. On comprend ensuite que tout n’est pas si accessible et que tout est bien plus obscur. Finalement, la certitude est peut-être synonyme de suffisance et de caricature.

Essayons plutôt d’une façon plus poétique. Derrière ce mur, derrière cette antique bordure, tout est immensément plus obscur. Nous n’avons pas l’envergure mais il nous reste l’écriture, il nous reste la littérature pour y imaginer une ouverture, pour ne pas trop rapidement conclure.
La certitude n’est peut-être rien d’autre que de se construire une autre clôture. Une façon de s’exclure, certes, mais est-ce vraiment notre nature ?

« La recherche scientifique est fondée sur l’idée que tout ce qui existe est déterminé par les lois de la nature, y compris, bien sûr, les actes des humains…
Il faut reconnaître, toutefois, que notre connaissance actuelle de ces lois est fragmentaire et imparfaite et que, d’une certaine manière, cette croyance en l’existence de lois fondamentales régissant la nature repose, elle aussi, sur une manière de foi. Il n’en reste pas moins que cette foi est largement justifiée par les succès de la recherche scientifique. »…

Albert Einstein

« Une manière de foi » mais une foi réfléchie, une foi soutenue par la logique et une foi ouverte. Une foi basée sur la réflexion et dirigée vers la compréhension. Une foi guidée par le savoir, la science et la philosophie mais aussi par notre intuition. La foi de ne pas avoir de certitude, la foi en nous-même, la foi en l’Homme malgré toutes ses imperfections, la foi en l’existence de nos propres limites et la foi en nos lacunes. Et puis finalement, la foi en cette notion de laïcité qui devient seulement possible que grâce à notre incertitude.

On retrouve cette notion d’incertitude dans la physique quantique. Elle a bouleversé notre vision du monde. Ces lois fondamentales dont parle Einstein qui régissent la nature. La science dite classique, qui permet aux mathématiques, à la physique et à la chime d’expliquer la nature qui nous entoure. Qui permet aux théorèmes et aux équations de faire avancer la science de façon logique. Et qui permet d’étudier l’infiniment petit et l’infiniment grand.
La matière est formée par des molécules. Elles sont un assemblage d’atomes qui sont constitués d’un noyau et d’électrons qui tournent sur eux-mêmes indéfiniment.
Le vide n’existe apparemment pas. Il serait constitué d’une multitude de particules en mouvement se déplaçant à des vitesses vertigineuses.
Mais voilà, aucun théorème, aucune équation, aucun instrument semble pouvoir déterminer le déplacement continue et incessant des électrons et des particules. Ni même déterminer la direction qu’ils empruntent, ni même mesurer leur vitesse. Ils sont complètement imprévisibles. Un mouvement véritablement chaotique. Une agitation qui ne suit aucune règle, aucune loi et aucun schéma. Un comportement dépourvu de toute logique. Les mathématiques y trouvent un mur infranchissable.
Pourtant, toutes ces particules, ces électrons et ces molécules vont, au milieu de cet incohérent désordre, au milieu de ce chaos étourdissant, réussir à produire quelque-chose d’aussi complexe qu’un être humain.
Pourquoi ? Qu’est ce qui rend ce chaos si formidablement ordonné et inspiré d’un coup ?
Et comment ?
On ne sait pas. C’est un mystère absolu.
Le pur hasard peut-être ? C’est une théorie comme une autre. Nous ne serions donc qu’un simple hasard parmi une multitude de simples autres hasards ordonnés et étonnamment similaires pour certains…
Oui oui oui… Mais cela ne me parait pas très cohérent. Et c’est bien ça le problème, le bon sens n’y trouve plus sa place. Étant donné que cela dépasse la logique et l’entendement tout est possible finalement.

« La théorie, c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne.
La pratique, c’est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi.
Ici, nous avons réuni théorie et pratique: Rien ne fonctionne… et personne ne sait pourquoi ! »

Albert Einstein

Il y a certaines choses qui nous paraissent effectivement un peu complexes. Des questions qui restent sans réponses. Et à notre modeste niveau, c’est peut-être un moyen de comprendre les incertitudes assumées de certains scientifiques et philosophes.
Par exemple, avant Galilée, les hommes pensaient que la terre était plate. Au fil des siècles l’Homme apprend. Au fil des siècles l’Homme remet en question les certitudes d’avant. L’Homme évolue, innove et se développe. Et à chaque période de l’histoire, il pense souvent et à nouveau tout savoir et tout comprendre.
Pensons-nous aussi avoir tout compris ? Sur quelles bases concrètes et sur quels axiomes pouvons-nous affirmer ou même envisager cette hypothèse ?
Comme si la science avait déjà tout expliqué. Comme si elle ne prévoyait plus de se remettre en question. Comme si la philosophie avait répondu à toutes nos interrogations. Comme si l’être humain était arrivé à son apogée encore une fois. Surprenant de ne pas apprendre des erreurs du passé…
Oui probablement, comme pour nos aïeux, il y a aura d’autres Galilée pour tout remettre en question une nouvelle fois. D’autres penseurs pour nous faire penser différemment. Et d’autres Einstein qui feront évoluer la science vers de nouveaux horizons. Nos certitudes n’en ont jamais été. Elles ne sont pas toujours synonymes de Vérité. Et elles ne le seront sûrement jamais, du moins pour certaines c’est acté.
Et puis, surtout, que serait notre monde si nous avions déjà toutes les réponses sur tout ?
En y réfléchissant, on peut en déduire que nos incertitudes nous sont sûrement nécessaires. Elles pourraient même nous être indispensables. Et en approfondissant cette idée, on pourrait même supposer qu’elles seraient peut-être même essentielles à notre civilisation…

Donc et pour aller plus loin. Comment caractériser ce que l’on ne comprend pas ? Certains y voient un Dieu. Certains y voient un pur hasard. Aucun n’a tort, aucun n’a raison, aucun ne le peut. C’est peut-être aussi un mélange des deux. On ne sait simplement pas. Alors, maintenant si nous prenions les choses différemment ? C’est à dire d’une façon moins catégorique, plus imagée, plus laïque et même parfois plus poétique.

Je me suis parfois demandé ce que pourrait être la vision d’une simple fourmi sur le monde qui l’entoure. Quelle pourrait-être sa philosophie et sa réflexion sur sa propre existence ?
En y réfléchissant, on est bien conscient que le simple fait d’essayer de comprendre ce que pourrait-être un être humain lui serait sûrement inconcevable et tout simplement incompréhensible. Une notion que lui serait totalement étrangère, une notion qui lui serait totalement inabordable.
Comment pourrait-on lui expliquer alors ? Nous sommes pourtant, là, tout près d’elles. Elles pensent, peut-être, qu’elles ont tout compris.
Et si nous étions aussi comme ces fourmis au milieu de cet univers infini. Il semble que nous sommes souvent persuadés de comprendre le monde qui nous entoure. J’imagine qu’une simple fourmi, d’une certaine manière, doit le penser aussi. Pourquoi serions-nous si différents ? Pourquoi serions-nous nécessairement la finalité de ce monde et de cet univers ? Il y a tellement d’exemples autour de nous qu’il me semble que notre suffisance nous aveugle probablement.
Que pourrait comprendre une plante du monde qui l’entoure ? Oui, je vous l’accorde, il semble que nous comprenons effectivement un peu mieux cet univers mais finalement nous constatons surtout notre propre ignorance et nos propres limites. À la différence d’une fourmi, nous pouvons envisager que notre intelligence ne nous permet pas toujours de tout comprendre. Oui, nous pouvons concevoir cette éventualité. Et nous pouvons même envisager notre incapacité de même effleurer parfois le début d’une quelconque Vérité.
Il est même probable que le simple fait d’envisager cette idée pourrait nous permettre de regarder le monde autrement et ainsi nous permettre de nous sentir plus proche de tout ce qui peut former la nature en général. Comme si l’Homme faisait partit d’un tout. Comme si l’Homme n’était pas l’acteur principal de ce monde mais simplement un acteur comme les autres.
Et puis, ne serait-ce pas aussi un moyen d’aborder ces questions existentielles d’une façon plus rationnelle ? D’une façon qui ne contredit pas l’importance d’être tolérant envers les autres. Et d’une façon qui ne contredit pas non plus l’importance de se sentir parfois plus concerné, philosophiquement du moins, par certains sujets qui sont abordés par l’écologie…

« D’autre part, tout individu réellement passionné par l’évolution de la science est convaincu de la présence d’un esprit derrière les lois de l’univers, un Esprit bien supérieur à celui de l’homme, et devant lequel on doit se montrer fort humble. »..

Albert Einstein

Un « Esprit bien supérieur » mais pas nécessairement un Dieu. Pour une fourmi nous pourrions l’être mais nous ne sommes, en fait, rien de tout ça. Non, quelque-chose d’impénétrable et intangible, et donc que l’on ne peut définir… Si bien que toute tentative d’interprétation définitive concernant ce sujet serait obligatoirement vouée à l’échec. Tout comme une fourmi qui ne pourrait concevoir la complexité d’un être humain, nous ne pourrions pas concevoir non plus l’inconcevable. Et ce qui est inconcevable n’est pas synonyme d’inexistant.
Notre vision sur cette énigme n’est donc probablement qu’une métaphore. Un point de vue, une hypothèse, qui est influencé par notre culture, par l’histoire, par nos passions, par nos inquiétudes, par notre passé, par notre sensibilité et par notre émotivité.
Mais ! En conséquence et surtout ! Tout le monde a le droit de croire ou de ne pas croire. Simplement car nous ne savons pas. Et ce qui est essentiel, je pense, c’est d’en être conscient.

Auteur: Gabriel Epixem - Fin du texte

Un commentaire sur “Derrière ce mur”

  1. Commentaire

    Cette réflexion est vraiment très intéressante et bien amené. Je trouve qu’il amène à beaucoup de remise en question, mais aussi à beaucoup de tolérance, car comme vous dites « tout le monde à le droit de croire ou de ne pas croire ». Le problème de notre société, c’est que beaucoup veulent imposer leur croyance, leur religion et leur mode de vie. J’aime vraiment beaucoup, cependant un léger détail, je trouve que vous écrivez beaucoup de phrases courtes, sinon c’est très beau ! :)

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